Aujourd’hui nous inaugurons une garde partagée de blog : ma chère
amie/compagne de parc/camarade de chasse aux chaussures/alter ego
d’enfance /copine de déprime post-partum sera aux manettes du clavier.
Retrouvez-là par ici : http://yannickgrannec.wordpress.com/

Chuis pas Shiva !
Selon la mythologie familiale, j’aurais un jour déclaré à ma mère ravie : « quand je serai grande, j’aurais trois maris : un pour faire le ménage ; un pour aller travailler et un pour s’occuper de moi ». En grandissant, j’ai un peu évolué ; j’ai trouvé un homme à la hauteur de mes espérances — restons prudente : il lit parfois ces chroniques. Je réalise maintenant mon erreur : j’aurais dû commander un triple moi-même bien tassé.
Mes enfants ont une image étrange de leur mère : je serais comme un couteau suisse géant. À leurs yeux, je suis pourvue de six mains ; montée sur roulettes ; j’ai deux litres d’eau greffés à mon dos en permanence ; un paquet de Pépitos sous chaque bras ; je suis capable de porter trente kilos sur trois kilomètres sans perdre ni vertèbre, ni sourire ; je ne dors jamais ; je comprends le japonais des notices ; je suis incollable en grammaire française ; je sais préparer un dîner pour douze personnes en moins de sept minutes (en chantant) ; je suis capable de tenir trois conversations simultanées dont une sur la musique élisabéthaine, une sur l’évolution sémantique des Pokémons et la troisième sur la pénurie flagrante de papier toilette pour cause de non-renouvellement pour cause de j’ai pas eu le temps de faire les courses..... bordel ! (oui, j’ai le droit d’être vulgaire, c’est mon blog)
Et puis quoi encore ? Chuis pas Shiva !
Je suis définitivement pour le clonage maternel ou pour qu’on me charge ce widget manquant, celui de l’ubiquité.
En revanche, lors de la pose de la péridurale, on m'a insidieusement chargé ces accessoires sans lesquels une môvaise mère ne saurait survivre :
• Une horloge atomique : je peux déterminer à la minute près l’heure exacte. Elle est accompagnée d’un chronomètre dégressif ultra performant qui scande mes journées en fonction du temps restant AVANT la sortie de l’école, du temps restant AVANT l’heure du dîner, du temps restant AVANT les vacances scolaires. Essayez donc de vous concentrer correctement quand vos entrailles vous tiennent sous cette injonction permanente : le temps AVANT.
Game over, moi je vous dis.
• Un radar à emmerdes (ou « perte de fraîcheur »). Ce logiciel, assez intrusif, me conditionne à envisager tout projet sous le prisme de la créance et en masque allègrement les bénéfices possibles. Chaque initiative est disséquée en mode : intendance, dommages collatéraux, quantité d’énergie requise. Un oeil sur l'aiguille de la batterie, je gère mon stock d’énergie non renouvelable et le répartis comme suit : 98% pour ma vie familiale, 1 % pour ma vie intellectuelle (je ne parle pas de Facebook), 1% pour ma vie cosmétique (un tour au Monop’ en guise d’antidépresseur).
• Un baromètre qui sensibilise chaque cellule de mon corps aux changements atmosphériques : de l’influence de l’hectopascal sur le climat familial. Il va pleuvoir ce week-end ? J’aurai alors sur le dos un mari déprimé et deux monstres à contenir dans un espace fermé non programmé pour résister à une compétition de skate-board indoor ou à une chasse au fauve à la sarbacane. Mon pôvre chat flippe aussi quand il pleut.
• Un spectrogramme de masse : fort utile pour étalonner à vue de nez la permissivité lipidique et la toxicologie glucocalorique de tout aliment proposé. On m’avait pourtant prévenue : être mère augmente considérablement les capacités de stockage en partie basse et diminue d’autant plus les créneaux d’élimination des dits stocks.
Il est deux widgets auxquels je n’ai jamais eu accès : Un GPS (que celui qui pense : « C’est normal, t’es une fille », sache que j'ai son I.P.) et un bouton « pause ».
Oh oui ! Un bouton « pause » ; un gel spatiotemporel ; un permis de flemme ; pouvoir un jour retrouver le goût de l’ennui ; l’envie avoir d’envie… J’en suis à citer Johny H., c’est dire si mes 1% intellectuels sont peau de sac Hermes en solde (= utopie), mais je digresse et mon ventre me dit « H-3 » avant la sortie de classe)
Pour pallier l’impossibilité de l’ubiquité maternelle, on a inventé un concept génial : naaan… pas la téléportation, du moins pas à ma connaissance, paix et prospérité. Je vous parle du « substitut maternel », quoique l’idée même soit également assez proche de la science-fiction.
Chargeons sur notre « I-mother » ces autres « moi » :
• Le père. Oui, le père… j’entends d’ici les cris de protestation testostéronée. L’autre partie du moule n’est pas programmé en open source : la plateforme est verrouillée (et certainement par la programmatrice antérieure, il me faudra penser à faire évoluer ma propre version 2.0 sur mes petits mâles). Il est extrêmement difficile de le customiser. Un exemple : l’horloge intérieure est incompatible avec le système, le père est définitivement hors du temps, du moins celui des basses contingences. Inutile d’essayer de faire fonctionner un logiciel temporel, vous risquez de le faire boguer et de perdre vos données. En revanche, le père dispose lui d’un GPS natif optimal maintes fois éprouvé.
• Les nounous et baby-sitters induisent une mise à jour perpétuelle ; une ruine, sans compter que certaines versions sont incompatibles avec votre logiciel d'exploitation.
• Les grands-parents peuvent se montrer très dévoués et très utiles. Le programme des supports non numérique est la conversion (avec parfois des erreurs de transduction) et l’usure. Autrement dit : Ça fatigue vite. Il faut dire qu’ils ont déjà donné. Soyons magnanimes.
Bon, conclusion, à part moi, personne n’est parfait. C'est bien simple, je suis l'i-pad de la maternité. Comment ça, délit de « monopole » ?
Il est impossible de trouver un substitut idéal quand on pense être… un idéal. Car il s’agit bien d’une question de pouvoir. L’injonction culturelle de lier les modèles idéaux de femme, mère, fille et professionnelle nous sature le réseau.
Pourquoi sommes-nous incapables de lâcher du lest et de déléguer sereinement ? Parce que le plug-in de la môvaise mère est préimplanté en nous par notre éducation. Et comment renoncer à ce qui, en dehors de notre vie professionnelle rognée par la vie familiale, demeure notre « seul » domaine de compétence reconnu par la société (tu perds ton sang froid) ? Pourquoi nous accrochons-nous pathétiquement à l’idée d’être nécessaires ET suffisantes ? L’ego de la môvaise mère se cramponne à cette idée de toute-puissance, car il faut bien le dire, le reste de sa vie n’est qu’un vaste numéro de cirque ; jonglerie et voltige. Zavez déjà essayé de discuter avec un garçon sur SON propre domaine de compétence ? (football, cuisson des pâtes, plomberie, avenir de la Nation, etc.) Oui, je sais, ça finit souvent mal… Tiens, ça, c’est aussi un plug-in dont j’aurais besoin, celui de savoir retenir ma langue.

2 commentaires:
A part le gps intégré dont je suis pourvue bien qu'étant une fille, je suis hélas :)) bien d'accord avec toi.
MORAHAHAHAHAHAHAHHA
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